Les profondeurs cachées du sexe (des cétacés)

Atelier de Claude Bourque © Guy Lavigueur
Atelier de Claude Bourque © Guy Lavigueur

Connaissez-vous quelqu’un qui a un cachalot dans son garage ? Moi, oui.

Un vrai cachalot, tout entier et sans peau, un cachalot juste en os.

Ce gros bébé s’est échoué sur la plage de Pointe-aux-Loups, aux Îles de la Madeleine, au cours du printemps 2008. Éviscéré, décharné, disséqué, ses os auront pris plus de deux ans à se faire consciencieusement nettoyer par une armée d’asticots.

Son crâne à lui tout seul pèserait près de 350 kg. Son « bassin »… deux fois 300 grammes. Étonnamment, les cachalots, comme d’autres cétacés, conservent ce vestige d’os pelvien, bien à l’abri dans la cavité abdominale. Et des chercheurs américains pensent lui avoir trouvé une utilité : le sexe !

Chaque espèce de cétacé exhibe sa propre variété de comportements amoureux. Certaines sont « fidèles », d’autres moins. Si vous appartenez à une espèce fidèle, une fois que vous avez trouvé l’âme sœur, vous êtes tranquille. Nul besoin que vos testicules produisent une grosse quantité de spermatozoïdes.

Par contre, si votre espèce est plus « permissive », vous aurez besoin de toutes sortes de stratégies pour transmettre vos gènes. L’une d’elles consiste à avoir beaucoup de sperme, beaucoup de spermatozoïdes, donc de gros testicules. Par exemple, le marsouin commun, un petit cétacé de 60 kg, exhibe des testicules de 1 kg lors de la saison de reproduction.

D’après la nouvelle étude, l’os pelvien participerait à cette même stratégie de compétition sexuelle. Il permettrait aux mâles de mieux contrôler leur pénis. Les chercheurs ont comparé a taille de l’os pelvien avec la taille des testicules, la taille du pénis et le comportement sexuel de différentes espèces de cétacés. Ce faisant, ils ont déterminé que le tout petit os vestigial était plus gros chez les espèces « permissives » que chez les espèces qui le sont moins. Ainsi, le microscopique os pelvien subirait une pression de sélection positive qui l’empêcherait de disparaitre.

S’il trouve l’article intrigant, Pierre-Henry Fontaine, spécialiste des mammifères marins et fondateur du Musée du squelette de L’Isle-Verte, relève plusieurs faiblesses :

  • Chez les cétacés, l’os pelvien n’est pas relié à la colonne vertébrale. Il se trouve dans le ventre de l’animal, sous la peau, pris dans un paquet de muscles et de graisse. Dans ces circonstances, il lui est difficile de servir de point d’appui aux muscles.
  • Chez les marsouins communs, les mâles ne se battent pas, mais produisent du sperme à profusion (d’où la taille de leurs testicules). Lors de l’accouplement, le mâle envoie une grande quantité de sperme dans le vagin de la femelle, ce qui « chasse » celui des concurrents. Tout ça avec un relativement petit os pelvien.
  • Enfin, rappelle-t-il, si un os n’apporte ni bénéfice ni désavantage, il n’a aucune raison de disparaitre : la pression de sélection devrait être neutre. Comme pour les doigts des baleines ou le coccyx des humains

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Si vous êtes curieux de savoir qui s’amuse avec des os de baleines aux Îles de la Madeleine, visitez donc le site Cétacé cuivré de Claude Bourque, sculpteur et artiste dinandier, vous risquez d’être surpris.

N’hésitez pas non plus à découvrir le Musée du squelette de L’Île-Verte.

Sources :